Le nouveau journalisme digital à l’espagnole c’est InfoLibre

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10 février 2013 par julieclement

Né en décembre 2012 InfoLibre représente le nouveau journalisme digital à l’espagnole. En ces temps de crise politique et sociale, le site a pour vocation de pratiquer un journalisme dit classique adapté au web tout en gardant ses distances et son indépendance vis à vis de tout pouvoir politique.

infoLibre

infoLibre est un média qui se dit progressiste et appuyé sur une ligne éditoriale expliquée en huit point sur le site. Jesús Maraña, ancien rédacteur de chef de la revue Público est le leader de ce projet éditorial. S’il fait partie d’un grand média, ses collaborateurs aussi. Les créateurs d’infoLibre viennent en effet de tous médias, radio ou presse écrite. Parmi eux on peut citer Manuel Rico, ex-directeur adjoint de Público, Javier Valenzuela, ancien journaliste à El País, ou encore Toni Garrido, présentateur des soirées de la Radio Nacional de España (RNE).

Dans les premières lignes du site, on peut lire que « infoLibre est une proposition d’information civique née au moment où la crise économique menace à la fois la démocratie et le journalisme, toujours plus soumis aux pouvoir économiques et financiers. » Au regard de cette phrase, un modèle éditorial s’impose. La priorité pour le site est de proposer une information de qualité, progressiste et engagée dans les valeurs humanistes et de solidarité. La rigueur et l’honnêteté sont les mots d’ordre de ce nouveau journal digital. L’interface web offre de nombreuses spécificités dont les créateurs d’infoLibre comptent bien se servir. « Nous allons utiliser tout ce qu’apporte Internet pour revendiquer le plus vieux principe du journalisme : la promesse faite aux lecteurs de raconter ce que d’autres veulent cacher » explique l’initiateur du site dans une interview à apmadrid.es.

Le journal est fondé sur huit grands principes que le site illustre à l’aide de vidéos. Ces idées fondatrices montrent tout l’intérêt et toute la spécificité d’infoLibre.

Voici le principe n°7 qui met en avant le participatif en vidéo :

« Nos principes. 7. Journalisme Participatif. Le travail des journalistes s’améliore s’il se nourrit des contributions des lecteurs. Leurs apports et leurs contributions seront transmis au public grâce à une communauté ouverte au dialogue et au débat, mais fermée aux insultes et injures. »

Un projet bi-média

infoLibre n’est pas un projet figé, il est construit en deux parties. La première, un journal digital, diffusé uniquement sur le web et dirigé par Manuel Rico. Le site ne se veut pas généraliste comme le dit Jesús Maraña. « [L’information] sera concentrée en cinq grandes rubriques : la politique, l’économie, la culture, la société, et les médias. Nous n’ajouterons pas d’autres sections, comme le sport par exemple, même si ça fait beaucoup vendre. ». On assiste ici à une logique rigoureuse et axée sur le respect des grands axes fixés par le manifeste. Cette ligne éditoriale se veut éloignée des préoccupations financières et des grandes entreprises, celles qui justement connaissent elles aussi des difficultés liées à la crise espagnole. « Chez infoLibre, nous comptons principalement sur la participation de nos lecteurs, aussi bien au niveau éditorial que s’ils désirent devenir actionnaires. » C’est pour récupérer une certaine crédibilité des médias dans un pays touché de plein fouet par une crise politique et sociale qu’une telle indépendance semble indispensable. Lancer un média en Espagne dans la conjoncture actuelle relève réellement du défi.

La deuxième partie est une revue mensuelle diffusée sur papier, Tinta Libre, dirigée par Javier Valenzuela. Cette formule permettra aux non abonnés d’infoLibre d’avoir un contenu différent et exclusif. A propos de ces contenus, Jesús Maraña explique qu’ « il y aura une zone payante et une autre où les contenus seront en libre accès. Les contenus qui se trouvent également dans tout le reste des médias seront traités dans la rubrique ouverte, et en revanche nous alimenterons la partie payante avec des contenus exclusifs. » Il ajoute que les « abonnés à la version numérique recevront également l’édition imprimée et le PDF du mensuel « Tinta Libre ». Notre nouveau mensuel proposera un journalisme de qualité avec des reportages plus poussés que sur le site. »

La formule bi-média est une alternative de plus en plus approuvée par les journaux. Les médias se rendent compte que malgré les différentes oppositions qui ont été faites, la culture du numérique et la culture du papier ne sont pas incompatibles. Le papier aura toujours du sens même si les contenus numériques permettent d’offrir plus d’interactivité au lecteur. D’autant que dans un contexte de crise importante, comme c’est le cas en Espagne, pour consolider ce projet de nouveau média, il faut pouvoir compter sur différentes plateformes et construire un média qui joue sur plusieurs tableaux.

 

Des initiatives appuyées de l’étranger

Une autre des idées phares de ce nouveau média est de créer un réseau international de publications sous la houlette « infoLibre ». Dans des entretiens accordés à divers journaux locaux, le fondateur du site explique son intérêt d’avoir des partenariats avec le même genre de média à l’étranger pour avoir un soutien éditorial et des référents. L’été 2012 a été l’occasion de contacter Mediapart, « un modèle qui [leur] correspond particulièrement ».

« Notre alliance éditoriale avec @mediapart renforce le huitième de nos principes. ‘Un esprit international' »

Les deux sites se sont associés de façon « éditoriale ». Mais à l’inverse du site français infoLibre n’est pas construit sur un modèle totalement payant. Il propose des contenus en libre accès, et d’autres payants. Ce que l’ensemble des autres média traite, infoLibre le traitera aussi dans sa partie ouverte. En revanche, la partie liée aux abonnements proposera des contenus exclusifs. Les abonnés recevront en plus Tinta Libre. Une belle façon de fidéliser un lecteur ou un internaute.

Le partenariat avec Mediapart repose sur une couverture de commune de certains évènements. « Nos abonnés auront ainsi accès au média français, de la même façon que leurs souscripteurs auront accès aux nôtres. » explique toujours Jesús Maraña. Les deux médias se rejoignent sur des idées de rigueur et de professionnalisme, ainsi qu’une volonté d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques. Edwy Plenel, directeur de la rédaction de Mediapart a d’ailleurs publié un triptyque de billets pour expliquer le projet commun.

Il faut noter que dès les premiers instants sur Twitter, et avant même de diffuser des contenus, infoLibre a été suivi par plus de trois mille internautes.  Pour le moment, depuis décembre le site n’a posté que ses grands principes de fonctionnement. C’est fin février que seront réellement mis en place tout le système d’articles et les contenus payants ou libres d’accès.

2 réflexions sur “Le nouveau journalisme digital à l’espagnole c’est InfoLibre

  1. […] retrouve des idéaux et une façon de voir le journalisme qui existe également dans d’autres nouveaux médias européens […]

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