Remèdes à la crise, l’aventure grecque Efimerida ton Syntakton

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17 février 2013 par julieclement

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes on peut dire que la crise touche tous les secteurs d’activité. Les médias ne sont pas épargnés et dans les pays du sud de l’Europe ils connaissent des difficultés sans précédent. En Grèce certains profitent néanmoins de ce difficile moment pour se lancer dans de nouvelles aventures.

Efimerida ton syntaktonLe sud de l’Europe est touché de plein fouet par cette crise qui s’éternise. Les pays d’Europe du Nord comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne sont encore chanceux de ne pas en subir de trop grosses conséquences par rapport à leurs voisins sudistes. En Grèce, les gens s’en vont. Ils quittent le pays à la recherche d’une meilleure qualité de vie, loin de la peur de perdre leur emploi et ne plus en retrouver.

Dans ces conditions difficiles, les médias sont délaissés. Les familles repensent leurs budgets et des postes comme l’information ou le mobile passent bien après les besoins primaires, d’alimentation et de logement. En plus de cette crise économique que traversent les médias, ils sont également victimes d’une crise de confiance. Souvent vus comme des simples rapporteurs de la parole gouvernementale ils n’ont plus la confiance des peuples dans la vérité et l’investigation éloignées de tout pouvoir politique. Entre plans de licenciements massifs et suppression de médias reconnus, les journalistes essayent de repenser les modèles et se lancent dans de nouvelles aventures pour combattre ce système vicieux de crise. Efimerida ton Syntakton est un exemple de ces médias aventureux nés de la crise.

La crise aussi dans les médias grecs

Censure et austérité. Voilà deux maux que les médias grecs essayent de combattre tant bien que mal. Reporters Sans Frontières a d’ailleurs publié son rapport 2013 pour la liberté de la presse. La Grèce connaît une chute vertigineuse, en passant de la 70è à la 84è place en seulement un an. Lorsque l’on examine l’actualité politique du pays, on ne s’étonne pas de ce résultat. L’extrême droite personnifiée par le parti Aube Dorée, arrivé en tête aux dernières élections législatives, y est pour beaucoup. Selon ce rapport, les journalistes « évoluent dans un contexte social et professionnel désastreux. » Ils sont en effet exposés à la fois aux demandes de la population qui réclame une extrême vérité, et en même temps, ils subissent la violence de ces mouvements extrémistes.

Face à des informations toujours plus déprimantes (réductions salariales, hausses d’impôts, crise de la dette…) certains Grecs se tournent vers des contenus plus anodins, plus futiles et se détournent des médias. Il y a une certaine lassitude face à ces mauvaises nouvelles dont les habitants sont abreuvés jour après jour. De plus, tout ce que l’on peut lire dans la presse internationale ne fait qu’appuyer les clichés circulant sur un pays endetté et de plus en plus tourné vers les extrêmes politiques. Les plans de réforme, de rigueur et d’austérité ont tendance à limiter la liberté de la presse. La faiblesse du système économique ne permet plus aux reporters de disposer des moyens nécessaires pour appliquer la liberté d’expression. Pas facile donc dans ce contexte de continuer à exercer les métiers du journalisme.

Le « journal des journalistes », un pari « beau et difficile »

Efimerida ton syntakton1

L’Eleytherotypia, journal historique grec a fait faillite après une quarantaine d’années d’existence. Créé en 1974 après la fin de la dictature militaire, le quotidien a pour devise « le journal des journalistes ». Positionné politiquement au centre gauche, il plait à une grande partie de la population grecque, toutes considérations politiques confondues. Il y a dix-sept mois, en août 2011, il a été obligé de mettre la clé sous la porte. Le journal ne pouvait plus payer ses journalistes. Une situation critique pour le journal phare de la vie médiatique hellénique. La publication meurt mais ses journalistes sont plus décidés que jamais à combattre la crise et sauver leur emploi.

La centaine de journalistes qui n’était plus payée depuis 2011 a décidé de ne pas se laisser abattre. Ils mettent en commun des économies et investissent pour louer des bureaux, acheter du matériel et assurer quelques semaines de publication. Efimerida ton Syntakton, littéralement « le journal des journalistes » naît dans les pas de son illustre prédécesseur. Comme l’explique Nikolas Voulelis, rédacteur en chef de ce nouveau média, « ce journal n’a pas vraiment de propriétaire. Chaque journaliste a investi mille euros pour créer un petit capital. C’est juste assez pour assurer un mois et demi de publication. » Les salaires sont mutualisés, ils ne sont pas surs d’être payés tout de suite, et même ne savent pas s’ils seront payés un jour. Mais selon le rédacteur en chef – qui en a vu d’autres (il a notamment couvert le conflit israëlo-palestinien) – « Nous faisons un pari difficile, beau et dangereux à la fois. Pas sur qu’on réussisse mais tout le monde partage cet espoir. On y met tout notre dévouement et toute notre passion. » Et ces journalistes partagent plus que des espoirs, ils évoluent dans un système de valeurs communes, comme l’impartialité et le sens du bien public. Conscients de leur situation précaire, ils veulent aussi prouver à la population qu' »il existe d’autres chemins possibles » pour sortir la tête de l’eau de la crise. Ils espèrent également faire voir à leurs compatriotes une vision de la presse non contrôlée par le gouvernement qui censure et corrige tout.

Désormais, les journalistes doivent se surpasser avec cette crise qui bloque beaucoup de projets. Efimerida ton Syntakton c’est un « pari difficile, beau et dangereux à la fois« , comme l’avouent ses rédacteurs. La démarche est nouvelle et montre bien que malgré des problèmes structurels, tous les espoirs sont permis.


Vidéo tournée pour Generation Solidarité par Arte.tv

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