Quand les anciens de TeleMadrid deviennent journalistes pour Tm-Ex

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24 février 2013 par julieclement

Telemadrid est morte… Vive Tm-ex ! La nouvelle télévision des Madrilènes a vu le jour lancée par une conférence de presse. D’anciens journalistes de Telemadrid, remerciés par la chaîne, sont parvenus à renaître de leurs cendres. La crise d’accord, pour ces reporters pas question de se laisser abattre mais pour préserver la liberté des médias.

Promotion de TMEX from TM-EX on Vimeo.

L’Espagne n’est guère épargnée par les bouleversements médiatiques. Le pays est gravement touché par une crise durable qui affaiblit les administrations publiques, les entreprises, et plus encore le moral des habitants. Si tous les secteurs sont touchés, comme dans la plupart des pays d’Europe du Sud, la presse n’y échappe pas. Les journalistes locaux parlent même d’un affaiblissement de la démocratie. Pour preuve, la Fédération des associations des journalistes d’Espagne, (Fape) a tiré la sonnette d’alarme en décembre 2012 avec le slogan « Sans journalisme, il n’y a pas de démocratie ». L’association a voulu sensibiliser l’opinion publique aux problèmes que rencontre la profession. Depuis 2008, le début de la crise, ce sont huit mille journalistes qui ont perdu leur emploi. Une situation grave pour la profession que la fédération dénonce : « Laisser mourir le journalisme, c’est un peu laisser mourir la démocratie, car les médias contribuent au débat civique et agissent comme un contre pouvoir pour éviter les abus. »

Les Espagnols consomment des médias comme la télévision et la radio, car ils sont faciles d’accès. La presse écrite en revanche, subit une forme de désamour et une crise de confiance. Trop chère, moins de reportages et d’enquêtes, peu d’effectifs… Voilà la situation de la presse espagnole aujourd’hui. Les lecteurs sont prêts à payer, mais seulement s’ils disposent en échange d’une information spécifique avec une véritable valeur ajoutée. Mais faute de moyens, la presse espagnole périclite et ces faiblesses structurelles pèsent sur la démocratie et l’indépendance des médias. Le récent mouvement des Indignés réclamait, entre autres, une plus grande pluralité dans les médias. Ce n’est pas toujours le cas puisque des plans de licenciements massifs sont mis en place. Un tiers des journalistes du célèbre El País a été licencié… Mais il ne faut pas se leurrer, les autres médias sont eux aussi touchés.

« Rendre la télévision publique aux citoyens de la Communauté de Madrid »

Les journalistes télé, comme les autres, ont subi des plans de licenciements. La télévision madrilène, TeleMadrid, a essuyé des revers et beaucoup de journalistes ont été remerciés. Pour resituer un peu le contexte, il faut d’abord savoir que l’Espagne est « découpée » en Communautés Autonomes qui ont chacune des télévisions locales et publiques. TeleMadrid est donc la télévision de la Communauté madrilène. En avril dernier, le gouvernement avait autorisé les gouvernements autonomes à privatiser leurs chaînes de télévisions régionales. Cette décision avait soulevé l’indignation des syndicats et associations de presse qui s’interrogeaient sur leurs marges de manoeuvre futures au sein d’entreprises privées, et bien sur à propos de la sécurité de leurs emplois. TeleMadrid était à ce moment là une chaîne « indépendante du pouvoir politique, plurielle, véridique et de service public », selon ses syndicats. Dans un contexte comme celui-ci il paraissait important aux journalistes de garder un semblant d’indépendance pour pouvoir donner au public une information de qualité et en toute objectivité. Ainsi, ils pouvaient conserver démocratie et civisme dans l’exercice de leur profession. Mais malgré le fait que TeleMadrid coûte peu à son autonomie – environ 80 millions d’euros par an, soit 0.4% du budget de la région – cette partie du budget a été supprimée pour combler la dette immense de la ville. La chaîne désormais privatisée a été obligée de se séparer de son personnel. En tout dans le groupe, ce sont près de dix mille postes qui ont été supprimés. Le plan social a affecté 80% des effectifs…

tm-ex

Les « exilados », les exilés de la chaîne ont alors décidé de s’allier et de créer leur propre média. Après des mois de préparation, la web-tv, TmEx est née. La petite nouvelle du paysage audiovisuel ibérique promet d’être une télévision de « qualité, proche des gens, et abordant sans censure les thèmes qui intéressent les Madrilènes. » L’idée est de faire une télévision nouvelle tout en récupérant les valeurs de l’ancienne entreprise. Avec cet ancien concept transposé à une web-télé, ce seront les téléspectateurs qui aideront à définir les contenus. Une télévision participative, à l’écoute des besoins de ses consommateurs, et surtout éloignée de toute considération politique. Cette notion semble très importante, voire primordiale dans la création de nouveaux médias, notamment dans des pays où la crise a de graves conséquences aussi bien économiques que sociales.

La nouvelle chaîne se veut une « plateforme enrichie, d’investigation et de diffusion de contenus de qualité ». Elle prétend même essayer de former des professionnels qui veulent se « recycler » dans le milieu de la web-tv. Ils espèrent également que la société pourra trouver des réponses aux questions qu’elle se pose dans leurs contenus, et ainsi correspondre à ses attentes pour représenter le plus de monde. Finalement, comme ces journalistes le disent sur la page d’accueil de leur site, ils veulent rendre « la télévision publique aux citoyens de la Communauté de Madrid« . Un média qui comprenne ces citoyens, et qui réponde à leurs attentes, voilà ce qu’aspire être Tm-Ex.

#naceTmEx

La web télé a été officiellement lancée le jeudi 21 février à 10h30 à l’Université Complutense de Madrid. Le site tmex.es a été inauguré en même temps que les reportages déjà proposés sur la page. L’initiative de ces employés à la porte a beaucoup ému les milieux médiatiques et universitaires. Le projet a donc été présenté dans cette faculté des Sciences de l’Information. La chaîne est donc officiellement née et a été enregistrée à l’état civil, ce jour là, dans une université madrilène.

Ce nouveau média digital a donc commencé à émettre mais espère bien se transformer à long terme en télévision de plus grande diffusion. Il est constitué comme une association puisque chaque participant apporte une cotisation mensuelle de 5€. Les contenus du site peuvent être réutilisés par tout un chacun. Le média est donc libre et ouvert pour tous ceux qui veulent s’y investir.

« Sans pressions politiques ni mécenats, #naceTmEx; un projet de liberté télévisuelle, la preuve : tmex.es « 

Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes à avoir partagé leurs avis sur cette chaîne nouvelle. Le compte @tmextv compte déjà 1978 abonnés et a déjà tweeté plus de six cent fois. Un vrai succès pour cette nouvelle web télévision sur qui repose beaucoup d’attentes. Les attentes des journalistes d’une part, qui espèrent pouvoir continuer à exercer leur métier en toute indépendance et avec les moyens qui vont avec. Les attentes des Madrilènes d’autres part. Ces citoyens qui, en pleine crise, veulent des informations de qualité et certifiées. Tm-ex porte déjà sur ses épaules de nombreux espoirs.

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